vendredi 2 décembre 2016

Comment copier intelligemment ?

Je ne veux pas inciter ici à jeter un oeil discret (ou pas) sur le voisin (bien choisi, tant qu'à faire...) pendant les divers contrôles ou examens, mais engager une réflexion sur un support très répandu dans les enseignements "traditionnels" : la copie.

(minute linguiste : copier, pas recopier, parce que ça voudrait dire copier une seconde fois ;-). Soyons précis !)

Pleine d'enthousiasme, j'ai donné à Amaryllis sa première poésie à copier. Nous la lisons ensemble, je donne la consigne. J'y jette un coup d'oeil cinq minutes après et je m'aperçois avec horreur qu'elle copie... lettre à lettre ! Stop. Reprenons tout à zéro... 

Quel est le but de la copie ? 
C'est un moyen efficace d'apprendre le fond (le contenu du texte copié), mais si elle est bien appliquée. On peut tout à fait copier de façon mécanique, machinale, ce qui n'a bien sûr aucun intérêt.
C'est également fondamental pour la forme du texte : l'apprentissage de l'orthographe et de la grammaire.

Elisabeth Nuyts (mon nouveau gourou !) appelle cela "l'écriture consciente" (cf La grammaire structurante). Elle seule permet de mémoriser la leçon.

la photo n'est pas très bonne... mais achetez le livre, vous ne le regretterez pas ! 

Comment bien copier ?

Encore une fois, la qualité prime sur la quantité. Selon l'âge de l'enfant et ses capacités, donner 2 à 10 lignes parait raisonnable pour une leçon. 

Tout d'abord, lire le texte à voix haute, s'assurer que l'enfant a bien compris le sens général (il est capable de raconter l'histoire avec ses mots) et le sens de chaque mot. 

Ensuite, pour la première ligne, examiner chaque mot et souligner les difficultés (avec un crayon au début, puis à l'oral) : lettres doublées, marque du pluriel, etc. 
Ces difficultés seront personnelles : un enfant de 10 ans ne soulignera pas les mêmes choses qu'un petit de 6 ans. Ici, pour cette première fois, Amaryllis a entouré le e muet de cloche, le double n. Maintenant elle n'a plus besoin de souligner les finales muettes. 



Il faudra donc choisir soigneusement le texte pour que tous les mots ne soient pas surchargés, cela ne serait pas productif... Il faut faire travailler tous les modes de mémoires : visuel et kinesthésique (souligner) et auditive (faire dire à l'enfant : dans sonné, il y a deux n et un accent aigu). 

Une fois les difficultés repérées, passons à la copie de la ligne ainsi préparée. 

L'illustration permet ensuite de fixer les idées, comme la narration

Il est impératif que l'enfant parle en copiant (puis ensuite, articule silencieusement) au rythme de la copie. 
La mémoire travaille. L'enfant commence par copier un mot, puis un groupe de mots, avant de mémoriser une proposition entière. Amaryllis a tendance à revenir à la copie automatique (lettre à lettre), donc je suis très vigilante pour qu'elle parle en copiant, et je n'hésite pas à cacher le mot qu'elle vient de regarder pour le copier. Si elle est obligée d'enlever le cache, c'est qu'elle ne l'a pas correctement mémorisé.

Une fois la ligne copiée, passons à la suivante selon la même procédure...

La copie n'est donc pas un exercice à donner en totale autonomie ! Vérifions toujours que l'enfant "copie consciemment". 

Le lendemain, pour ancrer la mémorisation, je dicte deux ou trois mots dans la copie de la veille. Avant d'écrire, je demande à Amaryllis de m’épeler le mot (pour ne pas écrire des erreurs... le but n'est pas de retenir une fausse orthographe !). Si elle a oublié (ce qui est rare), elle regarde rapidement ce qu'elle a écrit la veille et cela suffit à lui remettre en mémoire. 



Nous travaillons de cette façon (copie + dictée) les poésies, les phonèmes complexes à approfondir et la conjugaison. 
Pour l'instant, Amaryllis ne copie pas de leçons (histoire, géographie, etc), elle n'est pour l'instant capable que de copier consciemment que deux ou trois lignes. 
Conjugaison (j'y reviendrais si ça vous intéresse !)

Pour finir, voici quelques textes intéressants pour approfondir ce sujet.

E. Cuissart écrivait (texte complet ici) : 
Mais on copie encore, et on copiera toujours beaucoup, au début de l'enseignement. Faut-il le regretter, faut-il viser à la suppression totale de la copie? Nous ne le croyons pas. Nous approuvons au contraire cet exercice, mais à une condition, c'est que la copie soit tout à la fois un exercice d'écriture, de lecture, d'orthographe, de récitation même au besoin, et que toujours il ait pour résultat de meubler l'intelligence des enfants de faits et de connaissances à leur portée. Voilà un lourd programme pour un exercice en apparence si modeste. (...)Ce qu'il faut blâmer et arrêter impitoyablement, c'est l'abus de la copie inintelligente, machinale et monotone. (...) C'est ce qu'on appelait faire des pages, c'est-à-dire ne rien faire : le seul but de la copie et sa seule raison d'être a été de laisser au maître quelques instants de répit en donnant aux élèves un semblant d'occupation. Mieux eût valu les envoyer jouer dans la cour.L'exercice de la copie n'est bon dans une classe que s'il y est aussi méthodiquement réglé que les autres exercices scolaires, s'il a son heure et son programme comme les autres, s'il a sa marche graduée, s'il est précédé des explications et suivi des corrections qui donnent du prix à tout travail de classe, s'il ne tombe jamais ni au rang de remplissage dans les moments perdus, ni à celui de pensum avoué ou déguisé.Savoir bien copier, c'est tout ensemble savoir bien lire et bien écrire ; c'est savoir aussi bien voir, bien retenir, bien fixer son attention et bien comprendre ce qu'on fait.
Un excellent résumé   et ici plus détaillé.




mercredi 23 novembre 2016

Avent 2016 : en chemin vers Noël

Dimanche dernier, nous avons fêté le Christ-Roi, solennité qui clôt l'année liturgique. 
Dimanche prochain commence le temps de l'Avent, qui nous permet de préparer nos cœurs à Noël.

Voici comment nous allons essayer de le vivre.

Comme l'an dernier, j'ai prévu une programmation hebdomadaire, avec un coloriage pour le dimanche, une action concrète (crèche, décoration de la maison, préparation des cadeaux, ...) et un récit religieux, sans oublier la lecture de notre livre de Noël (pas de père Noël chez nous !).




Avant : (avant l'Avent, donc ;-) )
-        préparer la couronne avec les 4 bougies
-        raconter le péché originel (Histoire Sainte)

Première semaine :
-        Installer les crèches (salon, coin prière) (première semaine, que dis-je, premier jour ! moment attendu avec impatience)
-        Les prophéties d’Isaïe
-        Introduction + histoire "les 3 maisons" (ici et

Deuxième semaine :
-        Confectionner des guirlandes et autres décorations
-        Annonciation : récit et figurines

Troisième semaine :
-        Réaliser les cadeaux
-       Visitation : récit et figurines, Saint Jean-Baptiste (5 pains & 2poissons)

Quatrième semaine :
      - Evangiles de Noël 
      - Finir et emballer les cadeaux


Epiphanie : Le quatrième roi-mage


La nouveauté sera ces superbes puzzles de Noël (seulement 12 pièces, mais pas évidents à faire). Je suis ravie de ma trouvaille ! J'ai démonté le livre (acheté d'occasion) pour en faire 5 puzzles séparés. 


Vous pouvez télécharger ici le document récapitulatif que j'ai préparé. 

Bon Avent ! 



samedi 19 novembre 2016

Petite division

Je prends ENFIN le temps de vous présenter la division, version Montessori... qu'Amaryllis travaille depuis déjà plusieurs mois.

Ce sera un article bref. Sur le point de me lancer dans la rédaction d'un tuto long et détaillé, je me suis avisée que d'autres l'avaient déjà fait (et sûrement mieux que je ne l'aurais fait moi-même) !

Je vous ferai donc un bref résumé ! Cela concerne la "petite division" : le diviseur est inférieur à 9.
Après avoir commencé la multiplication, l'enfant peut aborder la division. On suit la progression classique : les perles dorées puis les timbres. Le boulier est remplacé par les "éprouvettes".

Pour la division avec les perles, je vous invite à voir . Pour la division avec les timbres, vous trouverez toutes les explications nécessaires ici ou .


La division est la seule opération pour laquelle il faut commencer par les plus grandes quantités. Pour faire comprendre cela à Amaryllis, j'ai utilisé une comparaison très parlante : "Quand tu veux partager un gâteau, est-ce que tu commences par donner les grandes parts ou les petites miettes ?" ... Evidemment, on distribue d'abord les grosses parts :-) 

Diviser, c'est partager en parts égales. Le reste, s'il y en a un, est échangé à la banque : "comment peut-on partager ce cube de 1000 ? On voudrait pouvoir le couper... on va demander 10 centaines à la banque".

C'est un travail un peu long qui oblige l'enfant à être attentif. Je demande à Amaryllis de recommencer (éventuellement une autre séance !) tant qu'elle n'arrive pas au résultat correct (je le note sur un papier). L'enfant manie de grandes quantités de perles (ou timbres). S'il on change 2 centaines, on se retrouve avec 20 dizaines supplémentaires à distribuer !





Vient ensuite le travail avec les éprouvettes : voir cet article très détaillé. Cela fonctionne sur le même principe.
Sur la photo, vous voyez qu'il y a seulement 4 porte-éprouvettes... j'étais en attente de perles rouges supplémentaires !
Là aussi, cet exercice demande de l'attention.

Et pour passer à l'abstraction du papier et du crayon, c'est qu'il faut aller voir !

Franchement, c'est-y-pas une façon limpide de présenter les divisions ? malgré mes études scientifiques je n'ai aucun souvenir des mécanismes, autre que "je prends 1 ah non je ne peux pas on fait descendre 4" ...!

mercredi 16 novembre 2016

Apprentissage de la lecture... et bien plus encore !



Souvenez-vous, Amaryllis a été très, très tôt passionnée par les lettres. Ce fut une première étape courte mais très intense (un mois, dans mon souvenir) : je me souviens encore de la tension qui régnait dans le salon lorsqu'elle y travaillait. Pas une tension négative de mauvaise ambiance, une tension qui fait avancer (courir même) : elle était engagée corps et esprit dans ce processus et cela se ressentait physiquement (si si, je vous assure !). Je sortais épuisée de nos courtes (une demi-heure) séances !


Après un temps de latence (6 mois), j'avais repris le "je devine" et les lettres rugueuses. Était venue ensuite la joie du premier mot.


Nous avons déroulé la progression Montessori : écriture spontanée, dictées muettes, pochettes des phonèmes, pour en arriver à un autre grand moment : l'explosion de la lecture .

Elle avait connu la joie d'écrire, d'envoyer ses premières lettres (numériques).

Au printemps 2015, un peu avant ses 5 ans, on pouvait dire qu'elle savait lire : elle lisait tous les phonèmes sans problèmes, était capable de déchiffrer un mot inconnu. Donc nous pensions, bien naïvement, qu'elle n'allait pas tarder à lire avec plaisir.
Erreur, grande erreur. Amaryllis est très volontaire, comprend très vite, ... mais n'aime pas du tout "cent fois sur le métier remettre son ouvrage". La répétition l'ennuie terriblement. Sauf que, pour s'améliorer en lecture, il n'y a pas d'autre solution que de lire souvent ! Plus on lit, mieux on lit et avec plus de plaisir.



Un autre frein est venu s'ajouter à celui-ci : la naissance de Serpolet. Si mignon soit-il, ce petit frère prend de la place, occupe papa et maman... (et cela a dû également lui rappeler les premiers mois compliqués après la naissance de Pervenche). Donc plus question de faire des choses de grand (sauf le vélo, faut pas pousser quand même ;-) !). Surtout ne plus aborder la préparation à la Première Communion. Ne pas évoquer le mot "lecture". Se sauver dans l'escalier à l'heure du départ au caté. Même ses chers cours de danse étaient compliqués (ah oui, Pervenche et Serpolet, eux, restent avec Maman...).

Petit à petit, elle a appris à aimer son petit frère, à jouer même avec lui. Elle a fini par sentir que notre amour pour elle n'avait pas diminué.
Mais la lecture... non, ça ne passait pas (ou presque) malgré mes ruses siouxes pour lui proposer différents moyens plus ou moins subtilement détournés ou mes tentatives de corruption avec des raisins secs. Rien à faire.


Nous avons décidé au printemps dernier de laisser tomber, de ne faire aucun commentaire, aucune proposition et de s'y remettre à fond en septembre.

L'été passé, voici donc le moment de s'y mettre...

Il me semblait que 15 minutes de lecture par jour seraient à la fois supportables (pour elle... et pour moi ! car je savais que cela me demanderait un grand effort) et profitables pour relancer cet apprentissage. Je me suis préparée psychologiquement et j'ai annoncé la couleur : on lira pendant quinze minutes tous les matins (et quinze minutes efficaces ! sinon on prolonge), en commençant par cela, et tant pis si on ne fait que ça de la matinée !

Pendant un mois, il y a eu des larmes et des grincements de dents, des sourcils froncés, des moments d'agacement (voir de colère), des tentatives de négociation ("je lis ce mot et vous lisez les 3 suivants"... non ma chérie, moi je sais lire !). Mais j'étais décidée, il fallait l'aider à passer ce cap difficile.

Petit à petit, ce moment quotidien se faisait avec moins de protestations (un peu quand même, pour la forme).
Un jour, je lui ai tenu un grand discours sur la nécessité de lire, et l'encouragement à choisir d'utiliser son énergie pour avancer plutôt que de m'obliger à la traîner (désagréable pour elle comme pour moi)... qui l'a laissée de marbre.
Prise d'une inspiration divine (il fallait bien cela !), je me suis emparée de notre cher minuteur et décrété : "Tu dois avoir fini ces 3 pages avant le minuteur. Si tu gagnes, tu as un Bon Point. Tu s'assois et tu LIS ! ".
Pouf. Elle s'est exécutée. Youpi ! Ce fut à recommencer le lendemain, un peu plus facilement et de mieux en mieux.

Fin octobre, il y avait encore parfois quelques protestations pour la forme (chassez le naturel, il revient au galop), mais le principe des 15 minutes  était acquis ! Elle avait même lu son premier vrai livre.



Le déclic final, comme je le vous racontais ici,  a été des vacances passées avec une chère cousine, un peu plus âgée, qui lui ont fait goûter au plaisir de lire raconter des histoires aux autres.

On peut dire maintenant, non seulement qu'elle sait lire, mais qu'elle aime lire. Un grand pas a été franchi.
Et quelle joie, pour nous parents, de l'entendre dire un soir à son Papa : "avant, je n'aimais pas lire, ça me fatiguait, mais je l'ai fait quand même et maintenant j'aime bien !".

Joie de la voir entrer dans ce monde merveilleux de la lecture (elle lit maintenant TOUT ce qui lui tombe sous les yeux)
Joie d'un apprentissage maîtrisée.

              Mais aussi, et surtout, 
Joie d'avoir su l'aider à franchir ce cap, à mettre sa (grande) volonté au service de son but !
Joie de la voir grandir ! 

Amaryllis à 4 ans 

lundi 14 novembre 2016

Suivez Chantecler sur la toile...

Pour suivre toutes nos aventures et plus encore,
Retrouvez-nous...

sur facebook ici  : partage des derniers articles du blog, mais aussi actualités intéressantes sur l'IEF, des trouvailles de livres, activités, etc

sur pinterest :
Quelques idées de manuels et livres scolaires  
Des lectures offertes ou narration .

samedi 12 novembre 2016

Octobre

(mieux vaut tard que jamais !)

Le mois d'octobre a continué sur la lancée de septembre. Le rythme est pris, les journées se raccourcissent et par conséquent, les heures passées au jardin aussi, mais nous avons eu encore quelques belles journées de soleil et les vélos ne sont pas près d'être remisés !

Petit Serpolet trotte maintenant comme un lapin. Après ses premiers pas fin septembre, il n'a pas été long (3 semaines ) à trouver son équilibre. Encore une fois, j'apprécie la "motricité libre" : je le trouve plus sûr de lui, plus conscient de ses possibilités et de ses limites que ses soeurs, dans ce domaine (qui essayaient de marcher sans vraiment en être capable, et se jetaient plutôt en avant dans nos bras).
Il mange très bien sa poire à la fourchette (mieux qu'à la cuiller, pour laquelle il ne s'entraîne pas beaucoup). 

Pervenche suit son petit bonhomme de chemin. A sa grande fierté, elle sait maintenant nouer les lacets de ses chaussures.
A part cela et le serpent positif avec change, il n'y a pas eu beaucoup de nouveaux apprentissages ce mois-ci  : elle est bien occupée par une grave question : trouver sa place dans la fratrie (pas facile d'être l'enfant "du milieu" - les autres places ne sont pas plus faciles non plus ;-) !), je l'ai laissée prendre ses repères tranquillement sans autre exigence que de ne pas perturber le travail de sa soeur. 


Concernant Amaryllis, le défi du mois était : écrire, notamment la date tous les matins... et nous y sommes parvenues ! Je voulais également introduire plus d'écriture, c'est également chose faite. Elle a commencé à copier régulièrement (d'abord une petite phrase, puis une poésie, la première !). 
Le défi de novembre est de commencer les dictées de mots et d'écrire tous les jours.



La lecture a fait des progrès, puisqu'elle a lu son premier vrai livre ! L'entraînement régulier a permis de mettre la machine en route, le vrai démarrage s'est fait pendant les vacances avec une chère cousine, un peu plus âgée, qui lui a fait goûter au plaisir de lire, de raconter des histoires. On peut dire maintenant, non seulement qu'elle sait lire, mais qu'elle aime lire. Un grand pas a été franchi (et elle en a conscience, puisqu'elle l'a exprimé spontanément à son papa) !


En mathématiques, elle a appris sans problème à utiliser les symboles "<" et ">" (à la fin de la séquence "comparaison des nombres", je vous ferai un résumé avec fiches à télécharger). Les tables de soustraction sont presque au point, ainsi que la technique de soustraction en colonne.



Elles se sont passionnées pour les volcans (article à venir ... quand j'aurais le temps !) et nous avons travaillé sur la préhistoire, notamment les dinosaures (idem..!). 

jeudi 10 novembre 2016

Bons Points

Quand on lit à droite et à gauche les divers mouvements "éducationnels", la question des punitions / sanctions / récompenses se pose généralement assez vite.

Voilà l'état de mes réflexions à ce sujet... et notamment, pourquoi et comment je donne des Bons Points (notez les majuscules) aux enfants dans le cadre de l'IEF.

Vous connaissez le proverbe : 
Avant, j'avais des principes... maintenant, j'ai des enfants
Ou la version familiale : 
"il faut avoir des principes pour s'appuyer dessus... jusqu'à ce qu'ils cassent" 

Avant, donc, dans un monde idéal, mes enfants auraient travaillé pour le plaisir d'apprendre de nouvelles choses ou d'approfondir leurs connaissances et ils auraient persévéré dans les difficultés.
Ils auraient rangé leurs affaires pour le plaisir d'avoir une belle chambre bien rangée, ... etc (je continue ? )

Ca, c'était avant. Dans mes rêves les plus fous (ceux que tous les pas-encore-parents ont fait un jour)

Maintenant, j'ai des enfants. Des vrais, pas des rêves. Qui sautent, qui chantent, qui font du bruit, du bazar, qui sont parfois difficiles à comprendre, ... (et que j'aime très fort :-) ).

En matière d'éducation, il me semble assez pertinent de les laisser assumer les conséquences de leurs choix et de leurs actes (dans la mesure du possible, je ne vais pas les laisser se jeter sous les rues d'une voiture pour leur apprendre que c'est dangereux), quitte à penser (voire... dire) : "Je t'avais prévenu !" (ah tiens donc, on glisse dans l'escalier quand on le dévale en chaussettes ? C'est bizarre... Peut-être qu'avec des chaussons aux pieds ça serait moins risqué ?).

Ca marche plutôt bien... en général, mais pas toujours !
Car ces petits anges ne voient pas toujours l'intérêt de jouer dans une chambre rangée, plutôt que d'aller extraire les playmobils du fond de la caisse des déguisements ou d'avoir à organiser une expédition de spéléologie pour retrouver le doudou chéri dans le tiroir des Legos.

Vision d'horreur dans notre salle d'activités...
dont Serpolet n'est pas le seul responsable !
Il n'y a plus de place sur la table ? pas de problème, continuons à colorier par terre. 

Les trottinettes ont passé la nuit dehors ? Elles vont s'abîmer... sûrement, mais ça ne se verra pas après une seule nuit.

Les doudous ont disparu à l'heure du coucher ? Ah, ça, c'est un problème... 

Mon constat est le suivant : si les enfants comprennent assez vite où est leur intérêt personnel et immédiat, ce qui relève du Bien Commun (dont, rappelons-le, les parents sont les garants à la maison) ou d'un plus long terme leur est parfois plus difficile à mettre en oeuvre.
Quoi de plus normal ? les enfants vivent à 100% dans l'instant présent (le pourcentage diminuant avec l'âge)...
Mais alors, comment faire, pour que la vie à la maison soit agréable pour tous ? ou pour obtenir que nos têtes blondes (plutôt brunes chez nous !) travaillent pour un futur très lointain (à leur échelle) ?

Chez nous, la question se pose à la fois pour la vie de la maison et dans le cadre de l'IEF.
En ce qui concerne le rangement, les niveaux sonores acceptables, ... nous en restons aux "conséquences désagréables", avec quelques principes de base : la chambre doit être rangée avant le diner, on parle calmement pendant les repas, ... Les sanctions sont directement liées à l'objet de la règle.

Mais, dans le cadre de l'IEF, comment encourager un enfant dans un apprentissage que nous pensons bon et nécessaire pour lui ? 

Le problème s'est posé chez nous de façon forte : Amaryllis refusait absolument de lire (depuis un an environ, par pure coïncidence, depuis la naissance de Serpolet). Elle avait atteint le point où toutes les compétences sont acquises, mais où il faut s'entraîner régulièrement pour que lire devienne un plaisir. Pendant un an, j'ai à peu près tout essayé : lui proposer des supports variés, ne rien proposer, l'encourager avec des raisins secs (mais elle est incorruptible...!).

En septembre, avec le début de la nouvelle année et surtout de l'instruction obligatoire, j'ai pris le taureau par les cornes et décidé que, tous les matins, elle lirait 15 minutes. Je dis bien, 15 minutes de lecture efficace, pas 15 minutes à se plaindre entre chaque syllabe.

Le premier mois (septembre) a été assez difficile, ce qui avait des conséquences négatives pour Pervenche : mauvaise ambiance dans la salle de classe, encouragement à la rébellion (ou au moins à "traîner les pieds"), et également une moindre attention à elle (puisque toute mon énergie était tournée vers sa sœur).



Comment rétablir l'ordre et la joie ? 
J'ai donc proposé le système des Bons Points, qui récompensent, non pas les compétences, mais l'application au travail (le sourire et le calme).
Cela permet de les encourager lors des apprentissages à long terme (par exemple, et j'y reviendrai plus en détail, l'entraînement à la lecture pour Amaryllis... )

A la fin de la séance, je leur demande ce qu'elles pensent de leur état d'esprit de la matinée (et je leur donne mon avis ; bien que globalement, elles reconnaissent quand ça a été profitable... ou non) (je fais cela discrètement lorsque l'une des deux a mérité un BP et pas l'autre...).
Pervenche était encouragée à s'appliquer malgré les perturbations de sa sœur, et Amaryllis un peu plus motivée pour lire.

Concrètement :
Dix bons points donnent droit à un petit cadeau (une petite vie de saints à choisir dans ma réserve, jusqu'à épuisement du stock). Elles peuvent également renoncer au Bon Point et obtenir 3 raisins secs ou 1 abricot sec (ben oui, vous avez vu la taille des abricots par rapport à celle des raisins ? ;-) ).
Ils sont symbolisés par des petits ronds découpés dans du carton doré. (photo à venir...)

Les Bons Points ont été souvent évoqués en septembre, un peu moins en octobre, et pas du tout en novembre (pour l'instant ...) : ils ont atteint leur but.
Car je vois ce système comme un moyen provisoire et non systématique : l'objectif étant tout de même de leur apprendre à travailler pour l'amour du travail bien fait, et en faisant confiance aux parents qui leur indiquent les apprentissages nécessaires...!